Varanasi, Inde 2010

La pratique de l’hypnose et de l’auto-hypnose est souvent comparée à un voyage : un voyage intérieur, dans un autre monde, un autre soi ; un voyage intérieur dont on rentre avec des souvenirs et de nouveaux apprentissages. Et comme souvent quand on part en voyage ; ce n’est pas exactement la même personne qui en revient...

Aujourd’hui je m’interroge quant à savoir si la métaphore fonctionne dans les deux sens : si l’envie de voyage est en fait une quête hypnotique. A partir de ma propre histoire et de mes expériences j’ai décidé de jouer avec cette idée.

Mais finalement dans cette passion qui a été le voyage pour moi, est ce que j’y cherchais une expérience hypnotique.

Ma première expérience du voyage a été le Mexique, un échange scolaire poursuivit par un voyage à la découverte du pays, en partie seule. Un voyage initiatique qui a marqué ma vie et donné le goût du voyage et m’a emmené sur tous les continents, pour y vivre ou juste y passer.

 

Voici ce que j’ai ramené de ce premier voyage et ce qui me fait penser à l’expérience de l’hypnose :

  1. La possibilité de l’ailleurs

La première des impressions dans le voyage, c’est la possibilité de l’ailleurs, l’ailleurs non pas géographique mais l’ailleurs dans le cadre de sa pensée ordinaire. Voyager, c’est prendre conscience que les choses que l’on croyait vraies, sur soi, sur le monde ce qu’on appelle les croyances ; ne sont que l’une des options de filtres au monde.

Cela crée comme un craquement dans notre mode de pensée et on pressent qu’il y a quelque chose de très intéressant derrière.

Bien sûr, il y a pleins de façons de sortir de son cadre de pensée mais dans le voyage ça passe par le ressentis, les émotions et elles peuvent être intenses.

On parle de choc culturel pour désigner cette désorientation qu’on peut ressentir confrontée à un mode de vie qui n’est pas le nôtre.

Est-ce que ce n’est pas comme cela que commence une transe hypnotique ?

  1. Activer tous les sens

En voyage, on a souvent les sens aux aguets. La vue bien sûr, les sons, la langue différente, mais aussi les odeurs, la qualité de l’air, la chaleur sont différents. On est plus attentif à ce qui se passe avec tous ses sens. Comme si nos sens s’étaient endormis dans notre quotidien et que les voyages, tous ces stimulations sensorielles de l’ailleurs, nous les réveillent.

L’expérience hypnotique passe aussi par l’activation des sens.

  1. Dissociation

Lors de ce voyage au Mexique, je me souviens m’être installée sur la place centrale de Morélia « le Zocalo » et vouloir simplement à cet instant me dissoudre dans le décor. Ne pas agir sur mon environnement, juste observer ce qui se passait autour de moi.

C’est cette expérience qui m’a donné cette chance de le découvrir ce que j’ai appelé par la suite « la dissociation volontaire positive ».

Le fait de se mettre dans cette position d’observateur, de s’imprégner de son environnement sans interagir volontairement avec lui. Observer son environnement dans les moindres détails et observer comment il agit sur moi de l’intérieur mais aussi surtout l’extérieur et ce qui se passe dans l’environnement par ma simple présence.

L’expérience de dissociation est un outil important de l’hypnose

  1. Apprentissage/ Activer des ressources

Le voyage offre une myriade d’opportunités de révéler des ressources dormantes et de faire de nouveaux apprentissages sur soi, sur les autres, sur le monde. De « savoir se débrouiller seule », faire face à de nouvelles situations, à la redéfinition des conventions et des normes sociales, le voyage est une école de l’expérience.

L’hypnose propose des apprentissages non formels qui passent aussi par l’émotions et le corps

 

  1. Remise en question des croyances et même du cadre identitaire

Autre langue, autre culture, qui perturbe le rapport à l’autre et qui oblige et/ou donne la possibilité de se réinventer dans la relation à l’autre puis en soi.

J’étais une personne assez cynique, prompt à utiliser le double langage, et pensais qu’en partie cela définissait mon rapport à l’autre mais le fait de de communiquer dans une autre langue, de manquer de vocabulaire dans une autre langue j’étais beaucoup plus à l’écoute, dans le partage. Un nouveau rapport à l’autre que je suis heureuse d’avoir pu ramener de ce voyage.

 

 

J’ai ensuite créé et saisis plusieurs opportunités de voyages sur tous les continents., j’ai habité en Amérique Latine, en Amérique du nord et en Asie.

Je pratique maintenant l’hypnose au quotidien et si la métaphore est juste et fonctionne dans les deux sens, le voyage dans le monde extérieur peut paraitre superflue.

A l’heure du Covid et à de l’aube de la crise climatique, c’est presque transgressif d’aimer le voyage (extérieur). Et peut-être on pourrait en penser que le voyage intérieur suffit.

Et pourtant le voyage dans d’autres pays me semble indispensable. J’encouragerai mes enfants à aller découvrir l’ailleurs. Peut-être moins et mieux en respectant plus l’environnement et en limitant son empreinte carbone.

Car ces voyages sont une richesse sans fin pour moi dans ma quête intérieure. C’est un peu comme si j’avais créé une bibliothèque de possibles, de nouvelles croyances auxquelles je peux accéder dans mes voyages intérieurs. Peut-être répondent-ils aux mêmes besoins/envies mais ils ne sauraient, à mon sens, se substituer l’un à l’autre.

Je continuerai les voyages intérieurs et extérieur comme si l’un et l’autre pouvait s’enrichir mutuellement.

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